Association Biodiva’R

La communauté alternative de Peleti

lundi 16 mai 2011 par Biodiva

Dans la Grèce anti-OGM, une bourse de troc de semences agricoles

MESOHORI (Grèce) - Sur la route sinueuse qui mène à la vallée de Mésohori, au pied du massif montagneux des Rhodopes, à l’extrémité nord de la Grèce, la circulation est dense, chose rare pour un samedi, dans cette région très isolée.

Organisé par une communauté alternative, Peliti, le rendez-vous d’échange des semences locales, qui a lieu chaque année depuis onze ans le premier samedi après la Pâques orthodoxe, a rassemblé cette année 5.000 personnes.

Un nombre record, selon les organisateurs de cette fête de la biodiversité, qui veulent faire barrage à la domination des semences vendues par les multinationales, des biotechnologies et au brevetage des plantes.

La Communauté alternative Peliti (http://www.peliti.gr) se donne pour objectif de collectionner et préserver les variétés locales de semences, d’une richesse sans pareille grâce à la multitude d’îles et de micro-climats en Grèce. Elle veut aussi faire exister une communauté qui s’échange les graines, mais aussi des biens et services, sans recourir à l’argent.

Environ 4.000 espèces de plantes ont été troquées entre bio agriculteurs et cultivateurs, venus de Grèce mais aussi de France, d’Allemagne, de Turquie et des Etats Unis, se félicite son fondateur, Panayotis Saïnatoudis.

Grâce à son micro-climat et à la pénurie d’eau de pluie, la Grèce dispose de 6.000 espèces végétales, la moitié du nombre qu’on rencontre en Europe, affirme ce militant.

La tradition des goûts et des arômes est encore vivante, on cherche les tomates crétoises, les haricots de Kastoria (nord-ouest) ou la fève de Santorin (Cyclades, sud-est), relève sa femme, Sophia Gida, chargée de classer les milliers de graines de différentes régions.

A l’entrée de la ferme Peliti, Emmanuel Mappus, un bénévole venu d’Auvergne (France), 37 ans, guide les visiteurs devant les tables où s’étalent des centaines de graines de courgettes, de betteraves, de melons ou de pastèques venues aussi bien de Crète que de Thrace (nord-est), mais aussi des herbes, comme la sauge ou le thym des Cyclades.

Cela lui évoque le développement des paniers de légumes bio, par des idéalistes désireux de faire survivre des légumes presque disparus et de consommer local.

Mata Samiou, 34 ans, est venue d’Athènes, à environ 700 kilomètres de là, chercher des semences pour son père, agriculteur sur l’île de Cythère (sud), où on ne trouve que des semences hybrides. On va finir par ne consommer que des produits de Monsanto, le semencier américain leader des OGM et des biotechnologies, dit-elle.

La Grèce fait partie des sept pays européens qui ont supprimé la culture des maïs OGM Monsanto sur son territoire (avec l’Allemagne, la Hongrie, le Luxembourg, l’Autriche, la Bulgarie et la France).

Grigoris Papadopoulos, 60 ans, jadis agronome et vendeur de pesticides avant de se convertir il y a dix ans à l’agriculture bio, a reçu plusieurs demandes pour des pêchers ou abricots sauvages.

La période de crise que traverse la Grèce peut servir pour faire changer les mentalités et chercher des solutions alternatives sans être victimes des marchés, résume-t-il.

En Grèce où l’agriculture industrielle n’est pas totalement systématisée comme dans le reste de l’Europe, beaucoup d’agriculteurs continuent de recueillir eux-mêmes de façon traditionnelle leurs semences qu’ils réutilisent l’année d’après au lieu de les racheter chez un semencier, souligne M. Saïnatoudis.

Pour le ministère de l’Agriculture, l’initiative Peliti est positive. Le chef du département de la production végétale Konstantinos Aguélakis, souligne d’ailleurs que le Centre de recherches agricoles de Salonique (nord) poursuit l’enregistrement des semences locales.

Les cultivateurs et adhérents de Peliti militent pour garder le droit de resemer les graines d’une année sur l’autre comme l’homme l’a toujours fait. Selon eux, la variabilité génétique naturelle des plantes, qui leur permet de s’adapter aux changements climatiques, est menacée par la commercialisation de semences stables et homogènes, conçues et commercialisées par les industriels et multinationales.

M. Saïnatoudis avait participé le 18 avril à une manifestation paneuropéenne à Bruxelles contre un projet de la Commission de réviser les conditions de mise sur le marché et d’enregistrement des semences. Ils soupçonnent Bruxelles de vouloir accorder le monopole des semences aux multinationales.

Son initiative a inspiré des artistes grecs, qui ont créé L’arche des semences, une installation en bois symbolisant le retour à la nature et au troc, actuellement exposée au Musée Bénaki à Athènes.


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